Mahdia

Mahdia  est une ville côtière tunisienne située à environ 200 kilomètres au sud de la capitale Tunis. Chef-lieu du gouvernorat du même nom, elle constitue une municipalité comptant 45 977 habitants en 20042. Construite à l'origine sur une presqu'île de 1 400 mètres de longueur sur 500 mètres de largeur, elle abrite l'un des premiers ports de pêche du pays. L'activité touristique pèse de plus en plus dans l'économie locale. La cité est un centre tertiaire qui a développé peu à peu un pôle d'enseignement supérieur, notamment avec l'établissement de l'Institut d'économie et de gestion en 1999. Si le centre historique se situe sur la presqu'île, la ville s'est étendue vers l'intérieur des terres avec les quartiers d'Hiboun et de Zouila notamment. Histoire Sa situation géographique stratégique et ses fortifications permettent à la ville, connue successivement sous les noms de Jemma, Aphrodisium et Cap Africa, de jouer un rôle de premier plan dans le bassin méditerranéen jusqu'au xvie siècle. Mahdia est tout d'abord un comptoir phénicien puis romain sous le nom d'Aphrodisium4. L'épave de Mahdia, remontant au ier siècle av. J.-C. et chargée d'objets d'art athéniens a été retrouvée au xxe siècle (vers 1907)5 à six kilomètres au large de Mahdia ; elle fait de cette dernière l'un des plus riches sites de l'archéologie sous-marine en Tunisie. Croisade contre Mahdia en 1390 L'année 916 voit l'arrivée du premier calife fatimide Ubayd Allah al-Mahdi qui ordonne la fondation de Mahdia, dont la construction s'étale sur cinq ans, et qui lui donne son nom actuel. La ville devient ainsi la capitale des Fatimides en 9216 et le reste jusqu'en 973, date à laquelle Mahdia est remplacée par Le Caire7. Assiégée durant huit mois (944-945) par les kharidjites sous la conduite de leur chef Abu Yazid, la ville résiste victorieusement. En 1057, les Zirides s'y réfugient face à la menace des Hilaliens. En 1086-1087, pour faire cesser les attaques répétées des corsaires de cette région, notamment celles orchestrées par le souverain ziride Tamim (1062-1108), les grandes villes marchandes du nord du bassin méditerranéen — Gênes, Pise, Amalfi, Salerne et Gaeta — arment des bâtiments et s'emparent de Mahdia8. L'attaque, menée par Hughes de Pise, bénéficie de l'aide de Rome ; elle implique également le seigneur Pantaleone d'Amalfi et reçoit le soutien de Mathilde de Toscane. Bien que Mahdia soit prise, les Italiens ne parviennent pas à la conserver. L'argent du butin est dépensé dans la cathédrale de Pise et la construction d'une nouvelle église. L'historien des croisades Carl Erdmann considère ce raid comme un précurseur direct de la première croisade, qui débute huit ans plus tard, car elle est menée sous la bannière de Saint Pierre contre un chef musulman. Le roi normand Roger II de Sicile l'occupe en 1148 et maintient son assise jusqu'à la chute de la ville, dans les premiers jours de 1160, aux mains des Almohades9. La ville perd alors son importance politique au profit de Tunis mais n'en demeure pas moins un important port. La ville fait face au cours de son histoire à plusieurs sièges. Carte de Mahdia en 1535 En 139010, devant la perte de ses positions commerciales en Tunisie en faveur de Venise, Gênes organise une expédition militaire à laquelle elle souhaite donner le caractère d'une nouvelle croisade, au prétexte de se venger de la piraterie des barbaresques contre les chrétiens ; la cité obtient l'assistance d'un corps de seigneurs franco-anglais, dont Louis II de Bourbon qui en prend le commandement. La place, forte défendue par les Berbères de Bougie, de Bône, de Constantine et d'autres régions du Maghreb, venus au secours des Tunisiens, résiste à toutes les attaques. Les Européens, que les mésintelligences ne tardent pas à diviser, sont obligés de reprendre la mer après 61 jours de combats infructueux11. Mahdia est prise au xvie siècle par le corsaire Dragut qui en fait son repère12. Charles Quint s'empare de la ville en 1550 et les Espagnols y restent jusqu'en 155413. En repartant, ils font sauter les remparts que les Ottomans ne reconstruisent que partiellement à leur retour14. La ville retrouve peu à peu son calme et devient l'un des plus grands ports de pêche de Tunisie.

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